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Echange avec Emilie Venner – Politique de sauvegarde : « Ce qui est important, c’est d’en parler, de libérer la parole »

Publié le 23.03.2023

On parle de plus en plus de politique de sauvegarde. Chaque organisation doit en effet garantir que ses actions et ses programmes se déroulent dans un environnement sécurisé pour les enfants, les adultes vulnérables, son personnel et toute personne en contact avec elle. Chez SOS Children’s Villages, cette politique se renforce à tous les niveaux, de la fédération aux associations nationales. Emilie Venner, notre nouvelle collègue, diplômée en droit public et en protection des droits de l’homme, forte de plus de 15 ans d’expérience dans le domaine des ONG dont 10 ans en Afrique (RDC, Soudan, Burundi), nous parle de sa mission au sein de notre association et revient sur ses expériences passées. Rencontre.  

Tu es embauchée chez SOS Villages d’Enfants Monde comme chargée de programmes/point focal sauvegarde de l’enfant (SE) et prévention et protection contre le harcèlement, l’exploitation et les abus sexuels (PHEAS). Quelle est en fait ta mission ? Quel est son objectif ?

En matière de sauvegarde, ma mission est surtout de soutenir les associations nationales SOS dans nos pays partenaires dans la mise en œuvre des politiques de sauvegarde et de PHEAS (ndlr : on parle de sauvegarde de l’enfant et de PHEAS pour les adultes). Les associations ne partent pas de zéro et des outils existent déjà, mais ces politiques sont assez récentes chez SOS Villages d’Enfants et elles ont besoin d’être consolidées. Dans les deux cas, le processus est le même : prévention, signalement des cas et réponse. Nos pays partenaires en Afrique de l’Ouest (Bénin, Guinée, Niger, Sénégal) sont déjà bien engagés, leurs équipes ont suivi des formations, des comités intégrité et sauvegarde ont été mis en place. Il s’agira pour moi de les accompagner pour les aider à améliorer certaines choses, comme les mécanismes de signalement et la réponse aux manquements. C’est une coopération, chaque pays et chaque région ayant son point focal en matière de sauvegarde. En respectant les exigences de la politique SOS de sauvegarde et de PHEAS établie par la fédération internationale, les associations nationales SOS répondront en même temps aux exigences de la Charte du Ministère luxembourgeois des Affaires étrangères et européennes (MAEE) que nous avons signée dans le cadre de notre accord de coopération 2022-2026. Il y a aussi dans ma mission le rapportage au MAEE des manquements et des mesures mises en place pour y répondre.

Ma mission est surtout de soutenir les associations nationales SOS dans nos pays partenaires dans la mise en œuvre des politiques de sauvegarde et de PHEAS.

Dans quel contexte ta mission a-t-elle été mise en place ?

Elle découle des mesures prises pour renforcer la gouvernance et le contrôle au niveau de la fédération et des associations membres, suite aux allégations en 2021 de fraude, de corruption et de manquement à la protection des enfants. Notre partenaire institutionnel, le MAEE, avait déjà établi une Charte contre le harcèlement, l’exploitation et les abus sexuels à destination des ONG de développement qu’il appuie. Elle a vu le jour en 2020 et comprend une série d’exigences et de recommandations auxquelles s’apparentent les exigences de SOS en la matière. Notre association au Luxembourg, qui a la volonté d’aller de l’avant, est rapidement intervenue d’où les avancées notables dans nos programmes de développement centrés sur l’accompagnement des communautés et des systèmes de protection de l’enfant en Afrique de l’Ouest.

Concrètement, en quoi consiste ton travail ?

C’est un work in progress : comme je l’ai déjà dit, il y aura surtout un accompagnement des associations nationales avec un appui organisationnel pour que les comités, mécanismes et enquêtes soient fonctionnels et bien utilisés. Je travaille directement avec les bureaux régionaux, le réseau des points focaux en Europe (je vais rencontrer des collègues en mai prochain) et l’équipe PHEAS au niveau international. Pour l’instant, nous élaborons le plan d’action pour chaque pays. J’ai rencontré une première fois les collègues de l’Afrique de l’Ouest au Bénin et maintenant nous travaillons à distance.

Emilie Venner avec le directeur ESMA, le directeur du village de Abomey Calavi et la coordinatrice locale PACOPE
Emilie Venner en mission au Bénin, ici avec le directeur de l’Ecole Secondaire des Métiers de l’Art, le directeur du village de Abomey-Calavi et la coordinatrice locale PACOPE

Où seront mis en œuvre les plans d’action ?

Pour cette année, notre plan d’action concerne les pays partenaires de l’Accord-Cadre IV signé avec le MAEE, en l’occurrence le Bénin, la Guinée, le Niger, le Sénégal et l’Ouzbékistan auxquels s’ajoutent l’Ethiopie, où nous démarrons un projet d’aide d’urgence, et la République centrafricaine qui, en 2023, fait partie des pays prioritaires en matière de PHEAS pour la fédération. Fin mars, je serai en mission en RCA, cela me permettra de faire un diagnostic de l’association nationale en termes de sauvegarde et de récolter des informations pour le rapport annuel au MAEE. Il y a par ailleurs des outils à améliorer ici au Luxembourg au sein même de notre association pour respecter les exigences minimales dans les procédures de recrutement ou encore pour les événements solidaires en lien avec le public et surtout les enfants. En interne, des formations sont prévues pour tous les collègues.

Es-tu déjà intervenue sur le terrain ?

Je suis récemment allée en mission au Bénin (SOS Villages d’Enfants Monde y soutient les communautés de Abomey-Calavi et de Parakou) et j’ai pu voir des choses positives et concrètes. Ce pays, comme les autres de l’Accord-Cadre, a fait partie intégrante en 2022 d’un projet pilote et a bénéficié de l’encadrement de la fédération SOS Children’s Villages International pour mettre en place les mesures prioritaires de la politique PHEAS. Des choses existent, par exemple, une formation pour tous les collègues sur la sauvegarde et sur la PHEAS, une adresse électronique pour le signalement des cas et une ligne verte téléphonique à disposition des victimes et des témoins. Il faut maintenant veiller à ce que ces mécanismes soient utilisés, fonctionnent et que les manquements à la protection soient punis et disparaissent.

Partout, j’ai constaté qu’il est important, au-delà des tabous culturels, de parler et de libérer la parole. Pour ce qui est des changements de comportement, le processus est long.

Tu as déjà travaillé sur de telles problématiques pour d’autres ONG, peux-tu nous parler de ces expériences ?

La question de la sauvegarde a été au centre des attentions et des préoccupations suite au scandale qui a touché Oxfam en 2018 (ndlr : allégations d’exploitation sexuelle par le personnel d’Oxfam en Haïti suite au séisme de 2010). A partir de 2019, la question est devenue centrale pour les ONG humanitaires qui ont commencé à mettre en place des politiques de sauvegarde pour les enfants et les adultes vulnérables. A l’époque, je travaillais pour l’International Rescue Committee au Burundi. En tant que coordinatrice des subventions et des partenariats, j’ai été amenée à sensibiliser les équipes et les partenaires, à inclure les clauses dans nos contrats, à demander l’intégration d’indicateurs dédiés dans nos programmes. Plus tard, toujours au Burundi, au sein de l’équipe de World Vision et en tant que directrice des programmes intégrés et de la qualité, j’ai été impliquée dans la mise en place de la politique de sauvegarde, notamment en termes programmatiques, et la mise en place de mécanismes de plainte. J’étais également point focal pour les mécanismes des plaintes du bureau national. Cette question de l’attention aux plus vulnérables dans les programmes humanitaires et de développement est centrale pour moi. Partout, j’ai constaté qu’il est important, au-delà des tabous culturels, de parler et de libérer la parole. Pour ce qui est des changements de comportement, le processus est long. Au départ, il est essentiel qu’il y ait une compréhension commune du sujet, tout d’abord au sein de l’organisation. Il faut que le management soit exemplaire et à ce niveau-là il faut une tolérance zéro !

(Propos recueillis le 14/03/2023 – Photos : SOS Villages d’Enfants Monde)

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