Publié le 6.03.2026

En cette Journée internationale des droits des femmes, les histoires d’Abriha et de Gebra, mères survivantes, résonnent avec une force tragiquement actuelle. Dans la région du Tigré, les femmes continuent de subir les conséquences d’un conflit qui, malgré l’accord de cessation des hostilités signé en 2022, reste marqué par les violences. Alors que la région fait face à un risque de nouvelle escalade militaire en 2026, les besoins humanitaires restent immenses, notamment en matière de protection, de santé mentale, de sécurité alimentaire et de lutte contre les violences basées sur le genre, particulièrement pour les personnes les femmes et les mères isolées.

Les parcours d’Abriha et de Gebra témoignent de la résilience des femmes tigréennes, mais aussi de l’urgence absolue de défendre leurs droits, leur sécurité et leur dignité. L’aide d’urgence apportée par SOS Villages d’Enfants en Éthiopie leur a apporté un certain soulagement.

À Samre, un village rural tranquille situé à une soixantaine de kilomètres de Mekelle, la capitale de la région du Tigré, Abriha, 30 ans, est assise dans sa petite maison et regarde le mur.

La pièce unique est dépourvue de meubles et la famille dort sur un matelas, posé sur le sol en terre battue. Pas de photos sur les murs blancs, ni le confort habituel d’une maison. Abriha n’a nulle part où aller et rien à y faire.

Le conflit armé dans la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés, est terminé – et Abriha dit qu’il en va de même pour sa vie.

Avant la guerre, elle gagnait sa vie en fabriquant des tabourets à partir de sisal teint et de bois, pour un salaire hebdomadaire de 600 birrs éthiopiens*. Un maigre revenu, mais suffisant pour mettre de la nourriture sur la table. Aujourd’hui, ses deux garçons, Abay*, 5 ans, et Genet*, 3 ans, souffrent de malnutrition.

« Regardez mes enfants… avant, ils étaient toujours en forme, surtout le petit, mais maintenant il est tout le temps malade et je n’ai pas d’argent pour l’emmener à l’hôpital », dit Abriha, presque en chuchotant. Genet a l’air faible et tousse souvent. Abriha essuie les gouttes sous son nez.

« Avant la guerre, mes enfants aimaient manger du riz et de l’injera et je pouvais très bien les nourrir », ajoute-t-elle.

« Le riz est la nourriture des riches dans le Tigré et je pouvais me le permettre. Je leur donnais aussi de la soupe et de la bouillie à base de teff, une céréale très nourrissante. Avant, mes enfants étaient en bonne santé. »

En plus de la perte de ses revenus, Abriha déplore la perte de sa mobilité. La nuit où elle a décidé de fuir la guerre, elle a fait une mauvaise chute et s’est foulé la jambe. Elle a vécu dans un camp de personnes déplacées à 40 kilomètres de Samre pendant neuf mois sans se faire soigner, faute d’argent.

Lorsqu’elle a finalement pu se faire soigner, les médecins lui ont dit que la blessure n’avait pas été traitée à temps et que les lésions étaient irréversibles.

Abriha dit que reprendre le cours de sa vie, apprendre à marcher à l’aide d’une béquille et accepter qu’elle est handicapée à vie est « terriblement difficile ».

Une autre mère célibataire

En contrebas de la maison d’Abriha se trouve celle de Gebra, mère célibataire d’un garçon de neuf ans. Gebre est restée dans sa maison pendant la guerre, espérant y être en sécurité. Gebra raconte qu’à deux reprises, des soldats sont entrés chez elle la nuit, l’ont frappée à coups de bâton et ont abusé d’elle.

« Je ne voulais en parler à personne parce que j’avais peur et honte», confie-t-elle, mais sa voisine, une femme âgée, a vu les hommes sortir de chez elle la deuxième fois et l’a dénoncée. Gebra, 30 ans, explique qu’elle a été victime de stigmatisation et de discrimination de la part de la communauté, ce qui a renforcé sa détresse.

« Les femmes se sont moquées de moi », dit-elle. « Elles se sont moquées de moi, ont répandu des rumeurs à mon sujet et ont cessé de m’appeler pour participer aux activités collectives ».

Soutenir les victimes du conflit

Les familles touchées par le conflit reçoivent l’aide de SOS Villages d’Enfants en Éthiopie depuis juillet 2023. Le projet offre des services d’éducation, d’alimentation, d’aide financière, de santé mentale et de soutien psychosocial, de protection de l’enfance, ainsi qu’un soutien aux victimes de violences sexistes.

Abriha et Gebra ont reçu chacune 6 500 birr (106 euros) en espèces sur leur compte bancaire pour répondre à leurs besoins de base, comme 154 autres ménages confrontés à des difficultés extrêmes. Abriha a utilisé l’argent pour acheter de la nourriture et des vêtements pour ses enfants et a remboursé un prêt qu’elle avait contracté.

Gebra a acheté de la nourriture et a également remboursé un prêt ; il lui reste 500 birr sur son compte bancaire. Elle bénéficie également d’un soutien psychosocial.

Samson Reda, coordinateur du projet SOS Villages d’Enfants sur le terrain, indique que les chiffres officiels montrent que 238 femmes de Samre ont été victimes d’agressions sexuelles pendant les combats. Mais on s’attend à ce que ce chiffre augmente considérablement à mesure que les femmes auront le courage de dénoncer les agressions.

Gebra explique que ses sentiments sont encore « à vif et douloureux » et qu’il lui est difficile d’élever son fils. « Je ne peux pas m’occuper correctement de mon enfant parce que je suis traumatisée », dit-elle. « Parfois, je le frappe et il dit que je suis en colère. Je deviens incontrôlable lorsqu’il demande à manger et que je n’ai plus rien à manger à la maison. Lorsque je me sens mieux, nous avons de bonnes conversations et tout est normal à la maison ; nous rions même. Je suis une femme forte ; je peux survivre à cette situation et m’épanouir si je bénéficie d’une thérapie appropriée et d’un soutien alimentaire pour moi et mon enfant. Je peux reprendre ma vie en main. La session de thérapie d’une journée que j’ai suivie avec SOS (SOS Villages d’Enfants) m’a permis de rester en vie. Elle m’a redonné espoir. Je pensais au suicide. »

La session de thérapie accueille 30 femmes qui ont vécu la même épreuve. Certaines veulent partir ailleurs pour recommencer à zéro, là où personne ne les connaît ni ne connaît leur histoire.

Selon M. Samson, les histoires d’Abriha et de Gebra en disent long sur les difficultés plus générales que rencontrent les femmes et les familles pour se remettre sur pied. Son équipe fait de son mieux.

« De nombreuses familles ont été durement touchées par le conflit et ont besoin de soins de santé mentale », explique-t-il.

« Pour les atteindre, nous formons les chefs de village, les chefs religieux et les bénévoles de la communauté, car ils jouent un rôle important dans la résolution des problèmes sociaux. Ils sensibiliseront également la communauté à la violence basée sur le genre afin d’en finir avec l’ignorance qui déshumanise les survivants. »

Aide alimentaire pour les enfants malnutris

Alors qu’elle est assise à la maison, à sa place habituelle, Abriha reçoit un message l’informant que SOS Villages d’Enfants va fournir de la nourriture aux enfants souffrant de malnutrition. Elle ferme rapidement la maison et se rend avec ses deux garçons au point de distribution.

Samson et son équipe, en partenariat avec le ministère de la santé, ont identifié 400 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition.

Chaque enfant recevra 6,25 kg de farine nutritive et 0,5 kg d’huile par mois pendant trois mois. La farine nutritive est un prémélange de maïs, de soja, de vitamines et de minéraux – un mélange sain pour aider les enfants à se rétablir. 

Les mères, dont certaines portent leurs bébés sur le dos et les protègent de la chaleur de la journée avec des parapluies, collectent leurs paquets de nourriture. Elles se rassemblent ensuite autour de l’agent de sensibilisation à la santé du gouvernement, qui leur montre comment préparer le repas.

La communauté de Samre vit de l’agriculture et de l’élevage de subsistance. Avec trois saisons de plantation perdues à cause de la guerre, de nombreuses familles ont perdu la capacité de se nourrir.

« Après la ration d’aujourd’hui, les mères seront rappelées au bout d’un mois pour recevoir une deuxième ration « , explique Samson. « Ensuite, nous évaluerons les enfants pour voir si leur état s’améliore. S’il n’y a pas de changement, nous ferons une visite à domicile pour en découvrir les raisons. »

C’est la première fois depuis longtemps qu’Abriha est rassurée sur la santé de ses enfants. « Je veux que mes garçons se portent bien et qu’ils retrouvent leur force. »

Au lieu de se concentrer sur la nourriture, elle se consacrera davantage à la recherche d’un emploi.

Gebra, quant à elle, souhaite reprendre son activité de commerce, mais seulement après avoir suivi des séances de thérapie pour surmonter les traumatismes de la guerre. « Je ne suis pas dans un état d’esprit qui me permette de faire quoi que ce soit de productif en ce moment. Je dois d’abord travailler sur moi-même. » *Les noms ont été modifiés pour protéger la vie privée des enfants.

Publié le 13.01.2026

Un environnement sain, l’accès à l’eau potable et à des infrastructures d’hygiène adaptées restent des défis majeurs dans de nombreuses communautés rurales et périurbaines du Bénin. À Anagbo, village de l’arrondissement de Kpanroun en périphérie de Cotonou, la situation était particulièrement préoccupante : recours aux cours d’eau pour la consommation, manque d’infrastructures sanitaires et risques élevés de maladies hydriques et cutanées (diarrhée, bilharziose, gale) pour les enfants et familles du village.

Pour répondre à ces enjeux, le Projet d’Accompagnement des Communautés pour l’Accès à l’Eau Potable (PACAEP) a été lancé en 2025 par SOS Villages d’Enfants Monde, avec le soutien de la Ville de Luxembourg et en partenariat avec SOS Villages d’Enfants Bénin. Objectif : améliorer l’accès à l’eau potable et promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement (WASH).

Les étapes clés du projet

Septembre 2025 : Lancement officiel et remise du site
La “remise du site” est la cérémonie au cours de laquelle SOS Villages d’Enfants transmet formellement le terrain au prestataire chargé des travaux. Cette étape a permis de présenter le site, de valider le calendrier d’exécution et d’impliquer la communauté (chef du village, conseillers locaux, comité de suivi). Le prestataire a également été sensibilisé aux politiques de protection de l’enfant et de prévention des abus. Cette étape a ouvert la voie à la construction du Poste d’Eau Autonome (PEA) destiné à l’École Primaire Publique d’Anagbo et à une cinquantaine de ménages.

Octobre 2025 : Suivi technique et mobilisation communautaire
Les travaux ont démarré le 1er octobre. Pour garantir la qualité et le respect des délais, deux missions de suivi ont été organisées par l’équipe projet, en collaboration avec un spécialiste technique, les élus locaux et le comité de suivi. Ces visites ont permis d’impliquer activement la communauté et de s’assurer que l’ouvrage répondait aux normes WASH.

Octobre – Novembre 2025 : Gouvernance locale et formation
Une assemblée générale a rassemblé 141 participants pour mettre en place un comité de gestion participatif composé de 9 membres (dont 5 femmes). Ce comité a été formé sur la gouvernance, le leadership et l’entretien des infrastructures afin d’assurer la durabilité du PEA, des latrines et de la cantine scolaire.

Décembre 2025 : Réalisation complémentaire et remise des ouvrages
Grâce à une gestion efficace du budget, un solde a permis de financer la construction d’un bloc de latrines pour les filles et la réfection de la cantine scolaire. La communauté, via le Comité Local de Protection de l’Enfant et l’Association des Parents d’Élèves, a contribué financièrement à ces travaux. La remise provisoire des ouvrages a eu lieu le 19 décembre 2025, offrant aux enfants un environnement plus sain et sécurisé.

Un impact concret pour les enfants et la communauté

Aujourd’hui, 226 élèves et 50 ménages bénéficient d’un accès sécurisé à l’eau potable et à des installations sanitaires adaptées. Le projet PACAEP a permis :

  • de réduire les risques sanitaires liés aux maladies hydriques,
  • de renforcer la résilience et l’autonomie locale grâce à la formation et à la participation communautaire,
  • d’améliorer les conditions de vie et la protection des enfants, en particulier des filles.

Ce projet illustre l’importance d’une approche intégrée combinant infrastructures, sensibilisation et gouvernance locale pour un impact durable.

© Photos : SOS Villages d’Enfants au Bénin

Pour en savoir plus sur notre travail au Bénin :

Publié le 9.01.2026

Dans le village d’enfants de Jimma, Ayub est un visage familier. En tant que coordinateur du parrainage, Ayub Abadula connaît particulièrement bien 78 des 127 enfants du village : tous les six mois, il raconte leurs histoires et rédige des rapports faisant mention de leurs progrès pour en informer leurs parrains et marraines SOS.

« Je prépare des questions d’entretien pour chacun des 78 enfants et leurs tuteurs. Mais un entretien ne suffit pas pour bien connaître un enfant. Il est important de les observer dans leur quotidien – leurs loisirs, leurs amitiés et leur vie à l’école », explique Ayub.

À 34 ans,  Ayub un homme grand, à la voix calme, et l’on perçoit immédiatement qu’il sait écouter. Il est diplômé en journalisme et, avant de devenir coordinateur du parrainage, il enseignait dans un lycée au sein d’un des villages d’enfants SOS en Éthiopie. Il y a trois ans, il s’est vu proposer ce poste au village d’enfants de Jimma.

Il explique que travailler dans le village d’enfants, c’est comme faire partie d’une famille. En trois ans, il a créé un lien étroit avec les enfants : la confiance qu’il a installée avec nombre d’entre eux est essentielle pour qu’ils aient envie de parler de leur quotidien.

Son travail est organisé en plusieurs phases. Les trois premiers mois de l’année sont consacrés aux entretiens et à la collecte d’observations permettant de rédiger les rapports de parrainage. D’avril à juin, il se consacre à la production de courtes vidéos pour les réseaux sociaux de SOS Villages d’Enfants en Éthiopie. À travers ces vidéos, il peut mettre en avant, par exemple, une matinée typique dans une maison familiale.

Le reste de l’année est dédié à la documentation des événements du village d’enfants – comme les journées sportives, les élections du parlement des enfants ou les journées de nettoyage de la nature. Parallèlement, Ayub mets aussi à jour les dossiers de parrainages des enfants parrainés, que les parrains peuvent recevoir en fin d’année.

C’est également lui qui rappelle aux enfants d’écrire leurs vœux de Noël à leurs parrains, afin qu’ils arrivent à temps. Grâce à son travail, Ayub explique qu’il devient chaque jour un meilleur communiquant. Il est formé à repérer les bonnes histoires et à les transmettre de manière engageante.

Mais ce qu’il préfère dans son travail, c’est les moments partagés avec les enfants.

« Les enfants me connaissent maintenant très bien et m’associent à quelque chose de positif. Par exemple, aux cadeaux ou aux lettres de leurs parrains. Ils sont tellement heureux de recevoir des nouvelles de leurs parrains qu’ils conservent les lettres longtemps et les relisent plusieurs fois », raconte Ayub.

Il évoque également une expérience particulièrement marquante qu’il a vécue il y a quelques mois avec un groupe d’enfants du village. Ils étaient partis en excursion – comme ils le font souvent – vers une aire de jeux. Malheureusement, celle-ci avait été transformée en champ et un agriculteur l’avait labourée. Les éducateurs, Ayub et les enfants se sont donc promenés dans la nature, près d’un petit ruisseau. Un étroit pont en bois le traversait. C’était une découverte nouvelle pour plusieurs enfants, qui se sont montrés très curieux, observant l’eau et traversant le pont avec fascination.

« Ils étaient ravis de découvrir quelque chose de nouveau. J’étais là pour veiller sur eux, afin qu’ils se sentent en sécurité. J’étais très heureux de pouvoir leur offrir cette expérience », conclut Ayub.

Pour vous renseigner ou souscrire à un parrainage d’enfants ou de village, visitez notre page dédiée : https://sosve.lu/je-deviens-parrain-marraine/

Publié le 27.11.2025

Le 24 juillet 2024, le sol s’est dérobé sous ses pieds et tout a basculé pour Ayele, un agriculteur de 48 ans vivant à Kench Gozdi Kebele, Geze Gofa Woreda. Un glissement de terrain soudain et dévastateur a emporté ses terres et le pilier de sa vie et de sa famille : sa femme bien-aimée. Brisé, Ayele s’est retrouvé face à un défi inimaginable : élever seul ses cinq enfants au milieu des ruines de leur vie d’avant.

Après la catastrophe, le choc émotionnel est immense. « J’ai perdu ma force quand je l’ai perdue », confie-t-il. Traumatisée et épuisée, la famille a dû cesser toute activité agricole. Les champs qui les nourrissaient autrefois sont restés vides, et la saison suivante, ils ont affronté une grave pénurie alimentaire.

Face à cette urgence, SOS Villages d’Enfants en Ethiopie est intervenu pour apporter un soutien vital aux victimes. En avril 2025, Ayele a reçu des semences de maïs améliorées, à maturation rapide et à haut rendement, ainsi que de l’engrais — des ressources choisies avec soin pour s’adapter à l’agroécologie locale et aider les agriculteurs à se relever rapidement.

Planter ces nouvelles graines fut à la fois un défi et un signe d’espoir retrouvé. « Cette variété de maïs était nouvelle pour nous », explique Ayele, « mais elle a poussé vite et fort — encore mieux que celle que nous avions avant. » À la récolte, son champ était à nouveau plein, produisant assez de maïs pour nourrir sa famille pendant six mois.

Aujourd’hui, Ayele est devenu un symbole de résilience et de renaissance dans sa communauté. Ses enfants sourient à nouveau, et leur maison, autrefois plongée dans le silence et la douleur, résonne désormais de rires et de vie.

Avec gratitude, il confie : « SOS Villages d’Enfants a été le seul à nous tendre la main quand nous en avions le plus besoin. Leur aide ne nous a pas seulement donné des semences — elle nous a rendu l’espoir. »

Photo d’illustration : © SOS Children’s Villages – Petterik Wiggers

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