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Zala lutte contre le mariage des enfants en Ethiopie

Publié le 8.03.2024
 Pour vivre une vie heureuse et être libre de ses choix, il est important d’être éduquée

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous souhaitons évoquer le parcours d’une jeune fille, Zala, qui a de grands projets mais qui, il y a peu, n’osait même pas rêver de retourner à l’école. Elle se bat aujourd’hui pour le retour à l’école de toutes les jeunes filles confrontées au mariage précoce. Pour lutter contre les chiffres alarmants des mariages d’enfants et leurs conséquences néfastes sur les jeunes filles, le consortium Joining Forces for Africa a mis en place des programmes communautaires et scolaires avec la participation active des enfants et des jeunes.

Si le mariage des enfants et les mutilations génitales féminines ont diminué, des crises humanitaires complexes – conflits, sécheresses et déplacements – ont exacerbé la violence sexiste ces dernières années en Ethiopie. Le pays a un des taux les plus élevés de mariages d’enfants, 4 filles sur 10 étant mariées avant leurs 18 ans.

Zala* a de grands projets d’avenir : « Je veux terminer mes études et devenir médecin. J’aime aider les gens et je veux les soigner », explique celle qui vit dans la région Oromia. Pourtant, longtemps, la jeune fille n’osait même pas rêver de reprendre ses études, abandonnées à 12 ans, officiellement pour voyager avec sa tante, en fait pour être mariée. « Quand mon futur mari m’a approchée, je me suis sentie en insécurité. Je ne voulais pas l’épouser. Mais mon père avait fait son testament. Je n’avais pas le choix et j’avais peur de ce que dirait ma famille ».

Zala n’est restée que quatre mois avec son mari et la famille de celui-ci… quatre mois de douleur et de malaise ! Finalement, quand sa mère lui a rendu visite, elle est repartie avec elle. Elle était enceinte mais a fait une fausse couche. En plus de la douleur et des conséquences sur la santé, les jeunes filles comme Zala sont confrontées à de nombreux obstacles lorsqu’elles reviennent chez elles. « J’ai fait face à beaucoup de rejet après mon retour dans ma communauté, c’est pourquoi je suis partie à Djibouti pour essayer de travailler et gagner un peu d’argent », explique Zala très émue.

Le pouvoir aux enfants et aux jeunes

Pour lutter contre le nombre alarmant de ces mariages d’enfants, Joining Forces* for Africa* (JOFA) a introduit des programmes communautaires et scolaires dans les districts de Babile et de Chinaksen. SOS en Ethiopie, partenaire de la mise en œuvre des projets, apporte son soutien pour encourager la participation des enfants en menant des campagnes et des événements de sensibilisation sur leur protection et leurs droits. 

Grâce à des Clubs d’Enfants, fonctionnels et actifs, des partenariats avec les gouvernements locaux et des groupes communautaires de protection de l’enfance, le projet vise à faciliter la communication et les liens entre les acteurs impliqués dans la protection de l’enfance pour identifier et résoudre ce problème du mariage des enfants.

Un an après le lancement du projet à Babile, le nombre de cas a considérablement diminué et, parallèlement, il y a eu une augmentation significative de la scolarisation des filles. Par ailleurs, les chefs religieux n’accordent désormais plus leur bénédiction aux mariages impliquant des enfants ou à ceux qui se font sans le plein consentement des femmes. Ces résultats témoignent que la participation et le leadership des enfants contribuent de manière significative au changement social.

Un modèle pour les filles qui retournent à l’école

Lorsque Zala est revenue de Djibouti, elle a d’abord refusé de reprendre l’école. « J’avais peur. Les gens essaient de faire honte aux filles comme moi qui retournent à l’école à mon âge ».

Après avoir suivi des cours à domicile grâce à SOS, Zala a repris le chemin de l’école en 2021. « Au début, je me sentais mal à l’aise, car j’étais beaucoup plus âgée que les autres garçons et filles de ma classe. Mais grâce au soutien de SOS Villages d’Enfants et de JOFA, je me suis sentie autonome et j’ai décidé de lutter contre tous les préjugés qui entourent les filles mariées qui veulent poursuivre leurs études. Je veux apprendre et ne pas être victime des préjugés », déclare Zala avec assurance.

Elle est devenue un modèle dans son école et dans sa communauté et milite pour mettre fin au mariage des enfants. « De nombreuses filles sont concernées et de nombreux garçons et filles pensent que c’est normal car c’est une pratique courante dans ma communauté », explique Zala. « Je veux leur montrer qu’il n’en est rien. Nous organisons différents groupes sociaux et lançons des initiatives. Il existe également un Club de filles actif dans mon école, il se réunit deux fois par mois. Un responsable d’un Club de mon école anime ces réunions où nous pouvons exprimer nos préoccupations ».

Je veux que les autres filles sachent que pour vivre une vie heureuse et libre, il est important d’être éduquée. Il n’est jamais trop tard pour retourner à l’école afin de pouvoir un jour réaliser ses rêves 

Zala, mobilisée contre le mariage des enfants

*Nom changé pour des raisons de protection.

**Joining Forces est une alliance des six plus grandes ONG de protection de l’enfance engagées à mettre fin à toutes les formes de violence à l’encontre des enfants.

© Christine Stolz (texte), Petterik Wiggers (photos)

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