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Vivre le moment présent

Publié le 31.07.2023

Je m’efforce de faire disparaître la guerre de mon âme, mais je n’y parviens pas. Tout se lit sur un visage. Les enfants le voient et cela les perturbe. J’ai donc essayé de me déconnecter.

Valentyna est mère de neuf enfants, dont sept en tant que mère d’accueil. Peu avant le début de la guerre en Ukraine, la famille vivait dans le village d’enfants SOS de Brovary, près de Kiev. Ils ont d’abord séjourné brièvement dans l’ouest de l’Ukraine, puis, le 27 février 2022, ils ont déménagé au village d’enfants SOS de Biłgoraj, en Pologne, où ils vivent depuis lors. Revenant sur l’année difficile qui s’est écoulée, Valentyna partage son combat intérieur personnel.

Valentyna, mère d’accueil ukrainienne, a accepté de témoigner de son exil en Pologne avec ses enfants.

“Lorsque nous sommes arrivés ici l’année dernière, mes enfants m’ont demandé quand nous retournerions en Ukraine. Je leur ai répondu que leur maison est là où je suis, que notre maison est là où nous sommes ensemble en tant que famille et où nous sommes accueillis par des personnes au grand cœur.

Au début, lorsque je suis arrivée à Biłgoraj, je ne sortais pas du tout. Je restais enfermée à l’intérieur à faire le ménage. Je m’occupais des problèmes des enfants et j’en faisais les miens. Je ne dormais plus. J’étais constamment fatiguée et nerveuse. J’étais extrêmement déprimée.

Une nuit d’été [en 2022], j’errais anxieusement dans la maison. Je me suis assise à la table, j’ai pris les crayons des enfants et j’ai commencé à dessiner. Croyez-moi, je ne sais pas dessiner, mais cette fois-là, le dessin m’a calmée. Puis, assise à la lumière d’une petite lampe de bureau, j’ai plongé la main dans la grande boîte à couture qui se trouvait à côté de moi et j’ai attrapé la première chose que j’ai touchée. C’était une pelote de fil, de couleur marron et noir. J’ai commencé à la couper. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait cela, mais je sais que l’action répétitive m’a calmée et m’a finalement suffisamment fatiguée pour que je m’endorme.

Les activités manuelles calment l’inquiétude de Valentyna et permettent de se changer les idées en famille.

Aujourd’hui, je peux dire que mes neuf enfants et moi-même sommes bien installés. Les enfants fréquentent des écoles polonaises et parlent très bien le polonais. Nous avons établi de nouvelles habitudes quotidiennes. Les plus âgés m’aident beaucoup dans les tâches ménagères, comme les courses, et ils font les courses sans que je n’aie à rédiger de longues listes. Nous fixons ensemble notre budget alimentaire pour le mois et nous essayons de ne pas dépenser d’argent pour de la malbouffe. Nous préférons faire des économies que nous utilisons ensuite pour les excursions.

Il n’y a pas de règles strictes dans mon foyer, car j’ai une confiance absolue en mes enfants et je sais qu’ils sont là les uns pour les autres.

Si un enfant ne peut pas faire quelque chose à cause de ses devoirs ou d’une autre obligation, l’autre prend immédiatement le relais. Nous comprenons les besoins de chacun, c’est ainsi que fonctionne une grande famille. Nos journées sont très chargées et se terminent généralement vers 21 heures, lorsque les plus jeunes vont se coucher et que les enfants plus âgés et moi-même nous asseyons dans la cuisine pour faire le bilan de la journée et planifier la suivante.

Je ne suis plus aussi déprimée que lorsque nous avons dû déménager ici. Maintenant… Maintenant, j’ai un cœur blessé qui souffre pour mon Ukraine, pour ma maison, pour mes amis. Mais je me suis rendu compte que je devais lâcher prise, m’ouvrir et montrer à mes enfants que nous devions nous adapter à la situation du mieux que nous pouvions. Nous assistons à tous les événements organisés en ville et dans les environs.

Valentyna et ses neufs enfants dans leur maison au village d’enfants SOS de Bilgoraj, en Pologne.

Lorsque mes enfants rentrent de l’école, ils me demandent souvent si nous allons quelque part.

Un événement survenu en octobre [2022] est resté gravé dans notre mémoire. La section locale de la Croix-Rouge a organisé un événement en l’honneur du défunt pape Jean-Paul II. J’ai contacté les coordinateurs pour leur demander si nous pouvions ajouter à l’événement la célébration d’une fête ukrainienne – la Journée des cosaques, qui est aussi la Journée des défenseurs. Ils ont accepté et nous avons organisé un événement commun.

J’ai toujours eu un lien étroit avec la culture ukrainienne : la littérature, les plats et les coutumes. Ici, en Pologne, loin de chez moi, je ressens un lien encore plus fort avec mes racines et je suis impatiente de partager ma culture. Ainsi, lors de cet événement, mes enfants et moi avons apporté les traditions ukrainiennes à nos amis polonais. J’ai cuisiné un ragoût de potiron et les enfants ont préparé des canapés de pain grillé garnis d’ail et de salo, une spécialité ukrainienne. Tout le monde a adoré, et nous étions heureux de pouvoir montrer notre gratitude pour la solidarité dont ont fait preuve les Polonais.

Participer à de tels événements met de la couleur dans ma vie. En discutant avec notre psychologue Oksana, je me suis rendu compte qu’il s’agissait en quelque sorte d’une thérapie pour moi. J’ai l’occasion de faire quelque chose pour laquelle je suis douée et de la partager avec les gens qui m’entourent. Cela me fait du bien.

Si cette terrible année écoulée m’a appris quelque chose, c’est d’être ancrée dans le moment présent et de vivre ici et maintenant. Ne vous complaisez pas dans le désespoir et ne vous focalisez pas sur les problèmes de vos enfants. En fin de compte, cela n’aide personne. Aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux et je suis peut-être devenue une meilleure mère.

Valetyna, mère d’accueil réfugiée à Bilgoraj avec ses enfants

Photos : © Katerina Ilievska

Le parrainage comme soutien durable aux enfants réfugiés

En parrainant un enfants ukrainien ou un village d’enfants accueillant des réfugiés, vous permettez d’améliorer considérablement le quotidien des jeunes victimes du conflit. En leur offrant un accès à l’éducation, à des activités de loisirs et à des cours de langue et en leur permettant de vivre entourés des personnes qu’ils aiment, vous assurez le bon développement de ces enfants et leur permettez rester tournés vers l’avenir.

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