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Une fratrie vulnérable se reconstruit au sein d’une nouvelle famille

Publié le : 10.08.2021

Les blessures émotionnelles dont souffrait Ana durant son enfance s’estompent peu à peu, mais les plaies physiques, elles, resteront toute une vie et seront le rappel constant d’un passé qu’elle préférerait oublier.

three people in a field

Ana vit avec sa petite sœur Sam et son petit frère Dito dans une famille SOS au Mozambique. Ils ont été les premiers enfants à rejoindre le Village d’Enfants SOS à Chimoio lorsqu’il a ouvert en 2011. Pour ces enfants, leur famille SOS est un lieu de guérison et un foyer synonyme d’une vie nouvelle.

Ils ont perdu leurs parents en 2009. Le père qui était alcoolique, battait souvent leur mère, elle finit par mourir sous ses coups violents. Quelques jours plus tard, leur père mourut aussi et l’oncle des enfants les prit sous son toit. Il n’avait aucune intention de subvenir à leurs besoins, et sa femme ne voulait pas d’eux non plus. La petite fratrie a souffert d’abus et de négligences, les enfants ont souvent passé des journées entières sans manger. Ana mendiait dans tout le quartier pour des restes ou n’importe quoi d’autre. Après un certain temps, Dito s’est enfuit de la maison pour vivre dans la rue. Après deux ans, le département d’aide sociale est venu au secours d’Ana et Sam, il les a placées sous la garde d’une mère SOS, Elias Matende.

« Les deux sœurs étaient mal nourries et couvertes de puces-chique, il y en avait sur leurs pieds, leurs doigts, autour de leurs sourcils et autour de leurs oreilles », se rappelle la mère SOS, « J’ai prié Dieu pour qu’il m’aide à gérer l’infestation, car les enfants étaient dans une situation critique. Ana était petite, mince avec des cheveux colorés; elle n’avait pas l’air d’un être humain. » Les sœurs avaient été recueillies dans leur nouvelle famille sans leur frère Dito, qui vivait dans des conditions difficiles.

« Nous sommes entrées par la porte et notre mère SOS nous a pris dans ses bras », se souvient Ana. « Elle nous a fait prendre un bain et nous a aidées à nous laver. Nous ne pouvions pas voir nos ongles tant ils avaient été rongés. C’était douloureux de prendre un bain et nous avons pleuré. »

« Les enfants n’avaient pas peur de moi, c’est ce qui m’a donné du courage pour m’occuper d’eux », ajoute Matende, « J’ai essayé de retirer les puces, mais il y en avait partout. Ensuite, j’ai emmené les filles à l’hôpital ». Les mains d’Ana étaient atrophiées– elle ne pouvait pas tenir une cuillère, c’était sa mère SOS qui la nourrissait. Les filles avaient également des difficultés à marcher droit.

L’infestation de puces est causée par une mauvaise hygiène, et lorsque l’infection n’est pas traitée pendant longtemps, comme c’est le cas pour Ana et Sam, les parasites rongent les membres et d’autres parties du corps, tout en causant de profondes blessures. Cela peut s’avérer fatal.

« Je suis devenue propre lorsque j’ai commencé à vivre ici avec ma famille SOS et ça m’a plu, » raconte Ana âgée de 17 ans. « Je me sens aimé chez moi, ce qui est un sentiment agréable. Ma chambre est magnifique. Je n’oublierais jamais que ma mère SOS m’avait préparé du riz et du poisson grillé le jour où nous sommes arrivées. Nous étions tellement soulagées et heureuses d’avoir une mère qui s’occupe de nous et nous protège ».

Dito, 16 ans, a vécu dans la rue durant 4 mois, avant que l’équipe d’aide sociale, avec l’aide de son oncle, le retrouve dans la ville de Chimoio. Ils l’ont amené à la famille SOS pour qu’il soit réuni avec ses sœurs.

« J’étais très triste chez mon oncle. Je pleurais toujours parce que je voyais que mes sœurs étaient en mauvaise santé à cause de la maladie, » explique Dito. « Nous voulions nous faire des amis, mais les enfants de notre voisin ne voulaient pas jouer avec nous. Je me suis enfui pour chercher de la nourriture dans les poubelles, espérant que mes sœurs pourraient ainsi avoir assez de nourriture à manger à la maison, » raconte-t-il.

SOS Villages d’Enfants s’assure que les enfants sans charge parentale grandissent dans une famille, où ils reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour se développer et se bâtir une vie d’adulte réussie.

« J’ai reçu de l’aide et de la douceur ici, ma mère m’a donné un bain, de nouveaux habits, de nouveaux chaussons et de la nourriture. Ici (à SOS), je me suis fait beaucoup de nouveaux amis. Ils m’ont aidé à combattre la maladie et je me suis ensuite inscrit à l’école. »

Dito

Dito veut être électricien plus tard, car il aime réparer les appareils électriques, il est fier d’avoir réparé la bouilloire électrique et le ventilateur de sa mère SOS.

Les frères et sœurs ensemble

Les frères et sœurs placés au sein des Villages d’Enfants SOS ne sont pas séparés, c’est pourquoi Dito est venu vivre dans la maison qui accueillait déjà ses sœurs. Les laisser ensemble préserve les liens familiaux.

« Mes sœurs et moi partageons beaucoup de choses – nous partageons des histoires sur notre passé et nos souffrances. J’étais si heureux de voir mes deux sœurs et si surpris qu’elles soient aussi ici, » raconte Dito. « Je suis reconnaissant pour tout le soutien que nous avons reçu de notre mère SOS. Je suis reconnaissant pour cette nouvelle famille, car nous sommes heureux ici. »

Ana et Sam ont depuis guéri de l’infestation des puces. Des sessions de soutien psychologique ont aidé le frère et les sœurs à intégrer les douleurs du passé, et à regarder positivement vers l’avenir.

« Je veux oublier ce qui est arrivé entre mes parents et tout le reste, et aller de l’avant, » explique courageusement Ana alors même qu’il est douloureux pour elle d’en parler. « Lorsque je dors la nuit, je me vois construire ma propre maison où je prendrai soin des enfants qui vivent dans la rue. Je veux créer un environnement accueillant pour les enfants qui ont perdu leurs parents et garder les frères et sœurs ensemble. Je remercie Dieu de nous protéger depuis là-haut et pour avoir changé notre destin ».

*Les prénoms ont été changés dans le cadre du droit au respect de la vie privée des enfants

Photos : © Cornel van Heerden

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