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Une enfance épanouie au village d’enfants de Chittagong

Publié le 15.01.2024

Cela fait 14 ans que Sadia, 19 ans, Nasrin, 17ans et Tania, 15 ans vivent au village d’enfants de Chittagong au Bangladesh. Elles n’ont plus aucun souvenir de leur arrivée. C’était il y a trop longtemps et elles étaient trop petites. L’histoire de ces trois jeunes filles est loin de faire exception au Bangladesh. Le niveau de pauvreté est tel que bien souvent, les familles ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants.

À Gauche, Nasrin* (17 ans), au milieu Sadia* (19 ans), et à droite, Tania* (15 ans)
*les prénoms ont été changés par respect du droit à la vie privée des enfants.

Leur vie avant le village d’enfants SOS leur semble lointaine et sans importance. « Ma famille, ma maman, mes frères et sœurs et ma maison sont ici », affirme Nasrin.

Toutes trois fréquentent les écoles des environs. Elles ont beaucoup d’amis au village d’enfants, mais aussi à l’extérieur, grâce à leurs hobbies et à l’école. Il est très rare qu’on se moque d’elles parce qu’elles viennent du village d’enfants. Certains enfants se montrent même jaloux des filles. Le village d’enfants donne en effet l’impression d’être un monde à part du reste de la ville, un monde beaucoup plus beau. Comme dans la plupart des régions du Bangladesh, les rues environnantes sont pleines de déchets et de saleté. Une grande partie de la population du Bangladesh vit dans la pauvreté. Les enfants des classes les plus pauvres n’ont pas la possibilité d’aller à l’école. Souvent, ils doivent travailler dans des usines, comme ramasseurs d’ordures ou comme conducteurs de pousse-pousse. Les filles sont mariées le plus tôt possible.

Le village d’enfants SOS contraste avec cette réalité, il est inhabituellement propre et adapté aux besoins des enfants, il y a un terrain de volley-ball, de la verdure et des jeux. Tous les enfants sont entourés, il y a suffisamment de nourriture et de temps pour jouer. Cette vie d’enfants fait envie à tous les enfants vivant aux alentours.

« À 6 heures, nous nous levons ensemble », me raconte Tania. Après une prière et une toilette dans la salle de bain, elles se préparent pour l’école. Celle-ci commence pour tous à 9 heures et se termine vers 15 heures. Ensuite, elles rentrent à la maison. Les filles ont ensuite du temps pour manger en famille au village d’enfants, puis pour leurs loisirs et faire leurs devoirs scolaires.

Toutes trois ont de grands projets d’avenir. Sadia aimerait devenir médecin, car elle se sent souvent particulièrement inquiète lorsque d’autres personnes se blessent ou tombent malades. En devenant médecin elle pourra combattre les maladies et aider les gens. Elle est parfois triste parce qu’elle sait que l’école est bientôt finie et que beaucoup de ses amis vont partir dans des universités. Ils lui manquent déjà.

Tania aimerait devenir styliste de mode. Elle cherche souvent des sources d’inspiration sur Internet, un ordinateur est à leur disposition à la maison « J’aime les couleurs et la créativité », dit-elle.

Nasrin a également une vision très claire en ce qui concerne son avenir. Elle veut absolument devenir ingénieure, et plus précisément dans la construction navale. Toute sa vie, elle s’est intéressée aux bateaux et aux navires. « Un autre métier n’est pas du tout envisageable pour moi », dit-elle. Parallèlement, elle fréquente le club de filles du village d’enfants SOS. Elle y apprend comment les filles peuvent se soutenir mutuellement. Elle me raconte que de nombreuses filles sont mariées si tôt qu’elles n’ont pas la possibilité d’aller à l’école comme elle. « Il y a tellement d’enfants comme nous qui ont besoin d’être aidés”, dit-elle. Au club de filles, elle a déjà organisé une collecte de fonds, une fois. A l’avenir, elle s’imagine très bien planifier des actions de collecte de fonds pour le Bangladesh en plus de son travail d’ingénieur naval. Nasrin est très sportive. Elle a remporté plusieurs médailles avec son équipe de handball.

Les trois sœurs ont des amis au sein du village d’enfants SOS et en dehors grâce à leurs hobbies et à l’école. « Je déteste quand il y a des disputes entre frères et sœurs », dit Nasrin. Tout le monde se met à rire à gorge déployée lorsque Tania mentionne que Nasrin prévient toujours immédiatement leur mère SOS en cas de désaccord.

Ma mère SOS m’aime et prend soin de moi. On peut tout partager avec elle, les bonnes choses comme les mauvaises.

Nasrin, accueillie au village d’enfants SOS de Chittagong depuis ses 3 ans

Bien que les filles soient très différentes, elles sont unanimes sur une chose : leur maman au village d’enfants SOS est la meilleure. Nasrin confie : « Ma mère SOS m’aime et prend soin de moi. On peut tout partager avec elle, les bonnes choses comme les mauvaises. Mais je m’amuse aussi beaucoup avec mes sœurs. J’aime le fait que nous soyons toujours ensemble ». Tania raconte que c’est un sentiment agréable de ne pas être seule. « Dans chaque situation, elle est là pour moi. Souvent, elle a un conseil utile et reconnaît le danger ». « J’aime ma maman, c’est la meilleure », ajoute Sadia.

Leur mère SOS travaille depuis 28 ans déjà au village d’enfants et elle y a élevé 25 enfants. De nombreux enfants ont été diplômés et formés de nouvelles familles ont vu le jour. « Je vis pour la bonne ambiance familiale et l’amour des enfants », me confie-t-elle. « Il y a des hauts et des bas, et c’est parfois très difficile. Chaque enfant est différent, mes 25 enfants sont tous différents », dit-elle en riant. « Mais tous les enfants ont besoin d’être encouragés ». Elle aime se souvenir d’un garçon qui est arrivé chez elle sans jamais avoir été à l’école et qui ne voulait pas y aller. Mais grâce à sa motivation, il a changé d’avis et a fini l’université avec les meilleures notes. Aujourd’hui, il aide les autres comme elle l’avait aidé. « Je n’arrêterai jamais de croire en la force des enfants ».

Tania, Sadia et Nasrin sont avant tout espiègles et pleines de vie. Je suis très reconnaissante de les avoir toutes les trois. Elles m’aident beaucoup et vivre avec elles est très agréable. Je les porte profondément dans mon cœur

Alima, Maman SOS des trois soeurs

Photos et récit : © Alea Horst

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