Actualités

Des défenseurs de la reforestation mettent en avant les emplois verts en reboisant des terrains arides 

Publié le 5.06.2023

Nefisa, 22 ans, et Meseret, 26 ans, n’étaient pas sensibilisés au problème de la crise climatique jusqu’à ce qu’ils se joignent à un projet d’écologisation il y a trois ans.

Habitants de Tulu Moye, une communauté agricole située à une centaine de kilomètres d’Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie, ils avaient tous deux conscience que les conditions météorologiques sont de plus en plus imprévisibles au fil des années, mais n’avaient aucune idée de la cause de cette évolution du climat ni du rôle qu’ils pouvaient jouer pour y remédier.

Tulu Moye, est entourée de vastes plaines arides qui s’étendent à perte de vue, sans un seul arbre et couvertes d’une végétation sèche et sporadique. Les gens ont coupé les arbres pour se procurer du bois de chauffage et des matériaux de construction, sans se soucier du coût pour l’environnement.

Les habitants de cette région dépendent de l’agriculture pluviale pour cultiver le blé, qui est la denrée alimentaire de base du pays et une importante source de revenus. Si les pluies étaient suffisamment fréquentes, les agriculteurs récolteraient le blé, qui met trois mois à mûrir, jusqu’à trois fois par an.

À l’heure actuelle, en raison de la faiblesse des précipitations, les récoltes n’ont lieu qu’une fois tous les douze mois.

« L’année dernière, il n’a pas plu pendant dix mois et nous avions planté des pommes de terre […] Elles sont restées en terre sans être arrosées pendant deux mois. Avant cela, la pluie est arrivée sans prévenir et a détruit nos récoltes. Ce n’était pas la première fois. Ce qui est amusant, c’est que je n’avais jamais entendu parler de la crise climatique »

Meseret

Nefisa et Meseret font désormais partie d’un projet environnemental à Tulu Moye, qui vise à inverser la tendance au déclin du couvert végétal dans cette partie de l’Éthiopie et à enseigner aux jeunes comment gagner leur vie en protégeant l’environnement.

Business vert

Cette initiative est le fruit d’un partenariat entre SOS Villages d’Enfants en Éthiopie et le gouvernement, qui a débuté en 2020.

Des experts agricoles du bureau agricole du district ont formé 140 jeunes à la préparation du terrain, aux semis, à la plantation et à la greffe afin de s’assurer que les jeunes plants deviennent de beaux arbres en bonne santé.

Pour mettre en place la pépinière, ils ont reçu des outils agricoles et plusieurs variétés de semences comme le café, la papaye, la mangue, l’avocat, etc.

« Je n’avais aucune expérience ni formation avant SOS », explique Nefisa. « J’étais une mère au foyer. Je n’allais vendre du blé qu’au marché. Je ne m’intéressais pas à l’environnement parce que je ne le connaissais pas. Je n’y pensais pas. Mais depuis que je suis ici, j’ai beaucoup appris sur la manière de protéger mon environnement et j’ai commencé à planter des arbres chez moi. »

Chaque jour, à l’aide de râteaux, de sécateurs et d’arrosoirs, Nefisa et Meseret s’occupent méticuleusement des jeunes plants d’arbres, soigneusement installés dans des zones ombragées.

Quinze jeunes travaillent dans cette pépinière. Certains viennent le matin, d’autres l’après-midi. Tout le groupe travaille ensemble à la préparation des plants avant les semis de la nouvelle saison. Le travail par roulement permet à Nefisa de s’occuper de ses deux jeunes enfants et à Meseret de s’occuper de sa propre exploitation de blé.

« J’ai participé à ce projet parce que j’étais curieux de la relation entre les arbres et l’environnement, et je voulais la découvrir de manière concrète », explique Meseret.

« Je sais maintenant que les arbres sont importants pour l’environnement parce qu’ils purifient l’air, attirent la pluie, créent de l’ombre et maintiennent l’écosystème. Je suis agriculteur, j’ai des connaissances en agriculture, mais le projet m’a permis de faire le lien entre la pluie, l’environnement et l’agriculture. Avant, je ne plantais pas d’arbres dans mon enceinte, qu’il s’agisse d’arbres fruitiers ou autres. Aujourd’hui, j’ai environ 5,000 plants dans mon périmètre ».

La première année, les entrepreneurs « verts » ont semé 9,880 plants. Ils en ont vendu plus de 3,000 et ont gagné 53,750 birrs éthiopiens (923 euros). Compte tenu de la volonté croissante de préserver l’environnement, ils espèrent vendre 10,000 plants cette année.

Le projet vert permet également de convertir les terres en jachère de six écoles primaires de Tulu Moye en éco-jardins et de sensibiliser la population aux meilleures pratiques en matière de conservation de l’eau.

Combattre la crise climatique

L’Éthiopie mène une campagne nationale de plantation d’arbres chaque été – en juin et juillet – afin d’améliorer la densité forestière dans le pays et de lutter contre la crise climatique.  Le projet écologique, qui a été lancé il y a trois ans, donne un coup de fouet à cette initiative.

Le programme des Nations unies pour l’environnement estime que la couverture arborée de l’Éthiopie est tombée à 4 % dans les années 2000 alors qu’elle était de 35 % il y a un siècle.

Les chercheurs ont constaté que la reforestation est l’un des moyens les plus efficaces et les moins coûteux de lutter contre la crise climatique. En poussant, les arbres absorbent et stockent le dioxyde de carbone, l’un des principaux facteurs du réchauffement de la planète. Les programmes de reboisement permettent d’éliminer efficacement les émissions rejetées dans l’atmosphère par les activités humaines.

« La communauté est vraiment affectée par le changement des saisons », explique Meseret. « Quand il y a un arbre, il y a de la pluie. Quand il n’y a pas de pluie, la population ne peut pas produire de nourriture et meurt de faim. »

« S’il n’y a pas d’arbre, il n’y aura ni animaux, ni insectes, ni oiseaux. Notre existence dépend des arbres parce qu’ils attirent la pluie et permettent à la communauté de produire de la nourriture grâce à l’agriculture. Sans pluie, il n’y a pas de culture vivrière ».

Nefisa affirme que les arbres ne sont pas seulement bénéfiques pour la nature, mais qu’ils constituent également une source vitale d’aliments nutritifs et de revenus pour les familles de la communauté.

« La communauté bénéficie déjà de l’impact de notre projet à plusieurs niveaux. Ils ont commencé à planter des arbres fruitiers dans leur enceinte. Ils en récolteront les fruits lorsque les arbres auront atteint leur maturité et pourront ainsi nourrir leurs enfants en pleine croissance. »

Nefisa

« Une fois qu’ils auront planté plus d’arbres, l’agriculture dans cette région s’améliorera parce que la pluie sera plus abondante. Les habitants demandent déjà à acheter des caféiers, des papayers, des avocats et des manguiers, mais ils ne sont pas encore prêts.»

Nefisa et Meseret sont devenus des ambassadeurs de la plantation d’arbres. Ils sensibilisent les membres de la communauté à la crise climatique et les encouragent à faire leur part pour l’environnement.

« Mes voisins ont visité ma propriété et ont vu à quel point elle était verte. Ils ont commencé à planter des arbres chez eux », explique Meseret. « Lorsque j’apporte les plants au marché, j’explique aux clients pourquoi ils devraient planter des arbres. Je partage les connaissances que SOS Villages d’Enfants m’a enseignées, comment entretenir les arbres et leur importance pour l’environnement ».

© Récit et photos : Anne Kahura

Catégories

Articles récents

Soutenez l'association


Partager

Newsletter

En renseignant votre adresse email, vous acceptez de recevoir indiquer la fréquence d’envoi et le type de contenus envoyés par courrier électronique et vous prenez connaissance de notre politique de confidentialité.
Vous pouvez vous désinscrire à tout moment à l’aide des liens de désinscription.