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Coronavirus : Mirlène raconte son quotidien à Les Cayes en Haïti

Publié le : 4.08.2020
Coronavirus : Mirlène raconte son quotidien à Les Cayes en Haïti

L’Amérique latine et les Caraïbes sont la région du monde qui compte le plus grand nombre de cas positifs au coronavirus (4,9 millions début août). La crise sanitaire et ses conséquences sont désastreuses et plongent les plus vulnérables dans une précarité extrême. Haïti, pays le plus pauvre de la région et très exposé aux catastrophes naturelles, n’y échappe pas. La situation est alarmante alors qu’avant la crise les défis y étaient déjà de taille (crise économique et sociale, troubles politiques et situation sécuritaire, insécurité alimentaire, système sanitaire défaillant, éducation…). Début août, le pays enregistrait plus de 7.400 cas positifs et 165 morts, le nombre des infections continue d’augmenter. Le 30 juin, le gouvernement a annoncé la reprise des activités après des mois d’inaction et de restrictions. La réouverture des écoles et universités est fixée au 10 août pour permettre aux élèves de finir l’année scolaire.

La réponse à la crise de SOS Villages d’Enfants Haïti

Présente dans le pays depuis plus de 40 ans, SOS Villages d’Enfants Haïti est préoccupée pour les milliers de bénéficiaires qu’elle accompagne à Port-au-Prince, Les Cayes et Cap-Haïtien. « La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver une situation économique déjà précaire. Personne ne sait s’il y aura un soulèvement populaire contre le haut coût de la vie dans les prochains mois » expliquait récemment Celigny Darius, directeur de SOS Villages d’Enfants Haïti, tout en rappelant que « la situation vulnérable dans laquelle vivent les familles et les enfants signifie que tout devient priorité ». Pour l’heure, l’association se concentre sur la prévention et la protection contre le virus : mesures strictes dans les infrastructures SOS, tests de dépistage pour les équipes et les enfants, achat de kits d’hygiène, médicaments et matériel de protection (masques, gants, thermomètres…) et soutien psychologique pour aider les collaborateurs à mieux gérer la pression du moment. L’association a aussi mis en place un programme pour permettre aux élèves des Ecoles SOS de recevoir leurs leçons et de renvoyer leurs devoirs via le téléphone portable de leurs parents. « Ce n’est pas parfait mais cela leur permet d’avoir un minimum de soutien pour ne pas perdre toute l’année » souligne le directeur. SOS Villages d’Enfants Haïti sensibilise aussi les familles de la communauté en diffusant des informations simples et précises en créole, en insistant sur le lavage des mains et la distanciation sociale et elle veut à travers ses programmes de renforcement des familles soutenir davantage de ménages.

Les difficultés et les espoirs de Mirlène

Jusqu’en août 2016, Mirlène a fait partie du programme de renforcement des familles de Les Cayes, au sud d’Haïti. Elle a reçu un soutien pour une activité génératrice de revenus qui lui a permis de lancer une microentreprise de couture. Sa famille a aussi été épaulée suite au passage de l’ouragan Matthew en octobre 2016. A l’heure du coronavirus, Mirlène nous parle de son quotidien difficile mais aussi de ses espoirs en des lendemains meilleurs.

« Je m’appelle Mirlène, j’ai 47 ans et je vis dans la communauté de Laborde, à Les Cayes, avec mon mari et mes trois enfants. Laurent, mon garçon, est âgé de 15 ans, il souffre d’un trouble de l’apprentissage. J’ai essayé de lui apprendre à lire mais en vain. Mes deux filles, Shelove, 18 ans, et Amanda, 11 ans, sont scolarisées, la plus grande est en 8e année, la plus jeune en 4e,  mais depuis mars elles ne vont plus à l’école. Pendant tout ce temps, je me suis assurée qu’elles faisaient bien leurs devoirs et les renvoyaient à temps. L’éducation est très importante, je ne veux pas que mes enfants soient confrontés aux difficultés que j’ai connues. Mon mari et moi travaillons dans le domaine de la couture mais pour l’instant nous n’avons pas de clients. Les gens n’ont pas seulement peur d’être contaminés par le virus, ils utilisent le peu d’argent qu’ils ont pour nourrir leurs familles.

Pendant le confinement, c’était dur de rester comme ça à ne rien faire et de voir nos maigres économies s’envoler. Aujourd’hui, le confinement est fini, j’espère que les clients reviendront vite pour des commandes d’uniformes scolaires pour la rentrée à venir. Je porterai un masque, mes clients aussi, on se lavera les mains et on gardera la distance nécessaire, mais nous devons à tout prix travailler. A cause de la pandémie, les denrées sont devenues très chères, le haut coût de la vie nous met des bâtons dans les roues. Ce n’est pas une mince affaire que de devoir nourrir trois enfants chaque jour ! La vie sociale me manque aussi, l’hospitalité de mes voisins, les retrouvailles avec mes amis. Mais je suis très croyante, ce qui m’aide à rester positive ».

*Les noms ont été changés pour des raisons de protection

Copyright : Alejandra Kaiser

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