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Beaucoup de choses ont changé dans la vie de deux sœurs

Publié le : 27.01.2022

Chaque jour, Anaishe* regardait avec espoir par la fenêtre de sa nouvelle maison et attendait que son père vienne la chercher. La vie avait soudainement changé pour la petite fille de trois ans et elle ne comprenait pas pourquoi.

Anaishe et sa sœur aînée Tania* ont été placées dans une famille SOS à Bulawayo, dans le sud-ouest du Zimbabwe, pour bénéficier de meilleurs soins. Elles ont été retrouvées seules dans leur maison de Ngozi Mine, l’un des plus grands bidonvilles de la banlieue de Bulawayo. À côté du bidonville se trouve une immense décharge appartenant à la ville, les panaches de fumée provenant de la combustion des déchets polluent l’atmosphère.

Les sœurs ont perdu leur mère en 2014, alors que Anaishe avait deux ans, leur père s’est seul occupé d’elles. Lorsqu’il sortait pour effectuer des travaux subalternes, les deux filles restaient seules dans la cabane composée d’une pièce qu’occupait la famille, faite de feuilles de zinc corrodées et de papiers en plastique.

Tania, sept ans à l’époque, gardait sa petite sœur pendant que ses camarades allaient à l’école. Les filles avaient à peine de quoi manger.

Bien que leur père ait essayé de maintenir la famille unie, il a eu des démêlés avec la justice, qui l’a envoyé en prison. Son incarcération a privé Anaishe et Tania de toute protection parentale. Sans parent connu pour les accueillir, le placement au Village d’Enfants SOS était la meilleure solution pour elles.

« J’ai vu ces deux enfants qui avaient besoin de soins et j’ai été heureuse de les accueillir », raconte Sipiwe, la mère SOS. « Elles avaient l’air vulnérables et je savais que j’avais ce qu’il fallait pour les élever en tant que mère. Elles n’avaient pas l’air en bonne santé, comme en témoignait leur maigreur. Cela faisait longtemps que ces enfants n’avaient pas mangé un repas décent », explique-t-elle.

Au début, il était difficile pour les filles de vivre sans leur père et c’est pourquoi Anaishe ne cessait de l’attendre assise à la fenêtre. C’est elle qui a été la plus affligée par la séparation.

Pendant ses premiers mois au village, Anaishe a refusé de jouer avec des enfants autres que sa sœur biologique. Elle la suivait partout où elle allait. Elle avait. Sipiwe dit que le fait d’assurer constamment à Anaishe que son père viendrait leur rendre visite un jour, combiné à la thérapie par le jeu, l’a calmée et elle a commencé à s’adapter à son nouvel environnement.

« Cela m’a brisé le cœur d’entendre le passé de ces petites filles », dit Sipiwe. « Les expériences vécues par les enfants nous motivent à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour leur offrir un foyer aimant.  Quand je repense à l’époque où Anaishe et sa sœur Tania ont rejoint ma famille SOS, je constate un grand changement. En effet, l’environnement familial a un impact sur la façon dont les enfants se développent. » Anaishe a maintenant neuf ans et sa sœur en a 14.

Sipiwe, la mère SOS, frémit en pensant à l’époque ou Anaishe et Tania vivaient sans la surveillance d’un adulte. « Elles ont probablement été victimes d’abus, notamment sexuels, car leur situation en faisait des proies faciles pour les pédophiles. Pire encore, elles auraient pu être enlevées ; au Zimbabwe, il arrive que de jeunes enfants soient volés et tués pour des rituels », explique Sipiwe, inquiète.

Un bon foyer

La famille SOS de Tania et Anaishe

La famille SOS est un foyer stable pour les filles et de nouveaux liens se sont tissés avec leurs frères et sœurs SOS ainsi qu’avec leur mère. Anaishe est en quatrième année et Tania en sixième année d’école primaire. « Ma sœur et moi sommes très proches. Nous jouons à cache-cache, au netball, aux gendarmes et aux voleurs et à des jeux locaux. J’ai toujours du temps pour elle », dit Tania de sa sœur Anaishe.

Le père de Anaishe et Tania a été remis en liberté en 2016, après un an derrière les barreaux ; il a l’autorisation du département de la protection à l’enfance de rendre visite à ses deux filles. « Le père rend visite régulièrement et est très proche de ses enfants », explique Sipiwe, la mère SOS. « Il est heureux de les voir en si bonne santé. À plusieurs reprises, il s’est demandé ce qui aurait pu arriver à ses filles sans l’aide de SOS Villages d’Enfants », ajoute-t-elle.

Leur père a du mal à subvenir à leurs besoins et il n’est donc pas encore souhaitable pour les enfants de rester avec lui pour l’instant. La famille sera réunie lorsqu’il sera en mesure de leur offrir un bon foyer. En attendant, Anaishe et Tania voient leur père chaque fois qu’il leur rend visite et leur relation continue de s’épanouir.

Anaishe est devenue l’une des meilleures nageuses de son école et son agilité fait l’admiration de tout le monde. « J’aime nager, nous ne sommes pas encore allés en compétition », dit-elle. « Kirsty Coventry (ancienne nageuse olympique zimbabwéenne et détentrice du record du monde) était une grande nageuse et je veux être comme elle. » Anaishe veut aussi devenir dentiste.

Tania veut être pilote. « Je vois les avions passer dans le ciel et rien ne les retient. Rien ne me retiendra plus non plus », dit-elle. L’élève de sixième année est heureuse de la vie qu’elle mène dans sa nouvelle maison.

Tania apprend à sa sœur à rouler à vélo

 » Nous n’allions pas à l’école là où nous vivions avant. Nous avions toujours faim et nous portions de vieux vêtements sales. Maintenant, j’ai un endroit chaleureux et sécurisant que j’appelle maison et une mère attentionnée. Je vais dans une bonne école et j’aime y aller. Je me sens vivante parce que j’ai des amis au village et à l’école avec qui je partage ma vie et avec qui je joue ; je n’avais pas d’amis avant puisque j’étais seule avec ma jeune soeur Anaishe. Aujourd’hui, j’ai le temps de jouer et j’aime voir ma sœur heureuse. »

*Les noms ont été changés pour protéger la vie privée des enfants.

© Texte: Anne Kahura. Photos par Precious Makena.

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